Spécial emploi des jeunes
L'improbable quête de l'adéquation formation-emploi
Article paru dans l'édition du 19.05.09
T SI ON FAISAIT correspondre les formations et les emplois ? En théorie, la proposition séduit. En pratique, c'est moins simple.
Nombres d'entreprises se plaignent des insuffisances de la formation des jeunes qu'elles embauchent. Le constat n'est pas nouveau, mais il a du mal à évoluer, même si les universités sont officiellement chargées de l'insertion de leurs étudiants, et si les acteurs régionaux ont plus de pouvoir dans la gestion des lycées en vertu de la loi de décentralisation de 2004 afin de rapprocher la carte des formations des besoins de l'économie locale. Du moins en principe.
« Nous nous sommes battus pendant des années pour l'ouverture d'un bac professionnel formant aux métiers du nucléaire près du Creusot [Saône-et-Loire]. Rentrée 2007, nous avons eu gain de cause et, cette année, on nous réduit déjà le nombre de places alors que les jeunes qui y étudient ont signé des contrats de prérecrutement avec Areva, regrette Philippe Baumel, le vice-président PS du conseil régional de Bourgogne, en charge des lycées. Il faut faire connaître les filières qui marchent et leur donner le temps de s'installer. » Car le rectorat, lui, doit gérer les moyens au plus près, et réduit par conséquent ceux des formations qui ne font pas le plein. « Avec la loi de décentralisation de 2004, les régions devaient collaborer à l'élaboration de la carte des formations. Mais c'est un jeu de dupes.En vérité, c'est le recteur qui décide et c'est la région qui paie ! », déplore l'élu.
Face à la logique d'adéquation au monde du travail, l'éducation nationale répond par son souci de maîtriser ses coûts mais aussi par sa volonté de former pour le long terme. Le suivi sur sept ans par le Centre d'études et de recherche sur les qualifications (Céreq) d'une cohorte de jeunes sortis du système scolaire en 1998 montre que seulement 46 % sont dans un premier poste en rapport direct avec leur formation. Ce taux remonte à 51 % trois ans après la sortie de formation, et il redescend ensuite. Seul un jeune sur deux travaille donc dans le secteur de ses études. Parce que sa formation ne correspond pas à l'emploi... ou parce qu'elle lui ouvre d'autres portes ?
Coauteur de ces travaux, Alberto Lopez, directeur scientifique du Céreq, estime que « les formations délivrées par l'école permettent de ne pas se cantonner à un secteur ». Ce n'est pas si mal dans une société où l'on promet que l'on devra changer de métier plusieurs fois au cours de sa vie. Et ce n'est pas incompatible avec le fait de former aux secteurs qui recrutent. « Si nous prenons l'exemple des bacs professionnels, tout le monde s'accorde à dire qu'ils sont définis en collaboration avec le monde économique », ajoute M. Lopez.
L'adéquation existe donc dans le cas des formations professionnelles. Faut-il alors orienter plus d'élèves vers ces filières ? Si c'est contre leur gré, ils n'y resteront pas. « C'est donc sur l'image des métiers qu'il faut travailler », plaide Sabine de Beaulieu, déléguée générale de l'Association Jeunesse et Entreprises (AJE).
Le dernier baromètre, réalisé par cette association et Ipsos,montre que les lycéens savent pertinemment quels secteurs recrutent... mais ne souhaitent pas s'y orienter. Ils placent le BTP en tête de liste des gros recruteurs et en second les services à la personne, mais seuls 7 % d'entre eux disent vouloir travailler dans le premier, et 6 % dans le second.
Durant leurs années lycée, les jeunes ont encore envie de rêver. Surtout si leurs notes leur permettent de choisir leur orientation. La peur du chômage ne devient une préoccupation que plus tard. C'est pour y répondre que les universités s'essaient à la professionnalisation, avec plus ou moins de bonheur. A Paris-XII-Val-de-Marne, l'affaire est entendue depuis longtemps, et cette université de banlieue est devenue un modèle en la matière. Elle multiplie tous azimuts ses relations avec les entreprises, ses licences professionnelles, inscrit un étudiant sur quatre en apprentissage, recrute des professeurs associés qui ont un pied dans l'entreprise et l'autre dans l'amphi, et a même créé une chaire d'entreprises. Si toutes les universités ne le font pas avec autant d'aisance, elles y sont désormais incitées puisque l'insertion fait désormais partie des critères de mesure de leurs performances.
Maryline Baumard
mardi 12 janvier 2010
L'APEC aide les jeunes des cités
L'APEC aide les jeunes des cités
LE MONDE ECONOMIE
as facile de décrocher un emploi en ces temps de crise. Silverna Verenako, 23 ans, ingénieur en génie électrique, en fait l'expérience depuis le mois de juin. Ce jeune diplômé de l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon, habitant Vaulx-en-Velin (Rhône), a intégré il y a quelques semaines un dispositif d'accompagnement mis en place par l'Association pour l'emploi des cadres (APEC) pour favoriser l'égalité des chances.
"Quand on est seul et qu'on reçoit beaucoup de réponses négatives aux candidatures, c'est décourageant. Participer aux ateliers me permet de retrouver une dynamique", raconte-t-il. Et d'améliorer son CV, ses lettres de motivation, la mise en valeur de son parcours, etc. Ce travail de fond lui paraît plus indispensable que l'atelier de sensibilisation aux discriminations : "Une fois sur deux, en entretien, les recruteurs remarquent que je viens de Vaulx-en-Velin. Mais, pour moi, ça peut être un plus car, malgré tout, j'ai réussi mes études. S'il m'est arrivé d'être refoulé à l'entrée d'une discothèque, j'ai peine à croire au même type de discrimination en entreprise. C'est un monde de professionnels qui doivent juger sur les compétences."
Comment aider les jeunes diplômés souvent dits "éloignés de l'emploi" parce qu'ils résident dans des quartiers considérés comme difficiles ou parce qu'ils portent un nom à consonance étrangère ?
Au printemps, l'APEC avait décidé de lancer une opération à destination des diplômés des zones urbaines sensibles (ZUS), qui peinent dans la recherche de leur premier poste. Avec l'idée de leur proposer du conseil personnalisé. Mais les contacter n'a rien d'une mince affaire. "Après quelques mois de recherches actives, ils prennent des jobs alimentaires et deviennent beaucoup moins visibles", explique Guy Gustin, responsable du centre Richard-Lenoir, à Paris.
L'association a donc embauché en CDD pour un an une vingtaine de "chargés de recherche", eux aussi jeunes diplômés, formés à la gestion des ressources humaines et choisis pour leurs "capacités à entrer en relation avec le public ciblé", ainsi que leur "connaissance des tissus locaux concernés".
Mission de cette petite armada qui opère en Ile-de-France, mais aussi dans d'autres grandes villes comme Marseille ou Lille ? Aller à la rencontre des jeunes diplômés des banlieues, leur présenter le programme d'action et prospecter les entreprises, en les sensibilisant à la diversité.
Antoine Motte, basé au centre APEC de Cergy (Val-d'Oise), est à pied d'oeuvre depuis septembre : "Je fais le tour des associations de quartier, des missions locales, des points information jeunesse dans les mairies. J'utilise les réseaux sociaux - Viadeo, LinkedIn, Facebook - mais aussi mon réseau personnel." A Lyon, Coralie Brun est allée sur le terrain, en installant un stand dans un centre commercial de Vaulx-en-Velin un samedi après-midi : "Cela a permis de discuter avec une trentaine de jeunes plus ou moins diplômés, dont deux bac + 4 ou 5."
Etablir le lien et les convaincre de bénéficier d'un suivi de quatre mois est un premier pas. Mais l'APEC s'est heurtée à une autre difficulté. Plus de 50 % des jeunes diplômés accompagnés ont quitté le programme après le premier atelier.
"L'approche par la lutte contre les discriminations ne fonctionne pas, admet Jacky Chatelain, directeur général. Agir avec de bonnes intentions ne suffit pas ; celles-ci sont même parfois contre-productives." Selon lui, nombre de jeunes des quartiers difficiles sont dans un déni de la discrimination. Ou, à tout le moins, n'ont pas envie d'être renvoyés à ce vécu, conscient ou inconscient, de discrimination, dont ils pensent justement se sortir grâce à leur diplôme. Bref, les ateliers spécifiques qu'on leur proposait avaient tout d'un nouveau ghetto qui n'a pas beaucoup plu.
"Notre opération faisait apparaître qu'on ciblait un public qui ne veut pas être ciblé, poursuit M. Chatelain. Nous avons donc corrigé le tir, en parlant d'égalité des chances et en proposant nos actions à une palette plus large de jeunes diplômés, afin d'introduire plus de... diversité dans les réunions", qui sont désormais ouvertes à ceux qui ont fait leur cursus dans une université ayant une mauvaise image ou suivi une filière peu prisée des recruteurs, ceux qui ont déjà un enfant ou qui changent de région et se retrouvent encore plus isolés.
En plus des ateliers sur les techniques de recherche d'emploi, tous sont conviés à des ateliers sur les thèmes plus généraux de "Gérer sa différence" ou "Les atouts de la réussite". Aly Stéphane Ouattara, 27 ans, son mastère de marketing de l'ESC Lille en poche, veut mettre toutes les chances de son côté, en se rendant régulièrement au centre APEC de Nanterre.
Lui qui, après son BTS en gestion commerciale, a fait quatre ans en entreprise avant de reprendre des études, n'a pas le sentiment d'avoir été confronté à des pratiques discriminatoires : "Mais, quand on est d'une autre origine, faire un travail sur soi peut-être intéressant pour se donner davantage confiance. Avec la crise, en tant que jeunes diplômés, on est déjà assez angoissés..."
Nathalie Quéruel
Article paru dans l'édition du 17.11.09
LE MONDE ECONOMIE
as facile de décrocher un emploi en ces temps de crise. Silverna Verenako, 23 ans, ingénieur en génie électrique, en fait l'expérience depuis le mois de juin. Ce jeune diplômé de l'Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon, habitant Vaulx-en-Velin (Rhône), a intégré il y a quelques semaines un dispositif d'accompagnement mis en place par l'Association pour l'emploi des cadres (APEC) pour favoriser l'égalité des chances.
"Quand on est seul et qu'on reçoit beaucoup de réponses négatives aux candidatures, c'est décourageant. Participer aux ateliers me permet de retrouver une dynamique", raconte-t-il. Et d'améliorer son CV, ses lettres de motivation, la mise en valeur de son parcours, etc. Ce travail de fond lui paraît plus indispensable que l'atelier de sensibilisation aux discriminations : "Une fois sur deux, en entretien, les recruteurs remarquent que je viens de Vaulx-en-Velin. Mais, pour moi, ça peut être un plus car, malgré tout, j'ai réussi mes études. S'il m'est arrivé d'être refoulé à l'entrée d'une discothèque, j'ai peine à croire au même type de discrimination en entreprise. C'est un monde de professionnels qui doivent juger sur les compétences."
Comment aider les jeunes diplômés souvent dits "éloignés de l'emploi" parce qu'ils résident dans des quartiers considérés comme difficiles ou parce qu'ils portent un nom à consonance étrangère ?
Au printemps, l'APEC avait décidé de lancer une opération à destination des diplômés des zones urbaines sensibles (ZUS), qui peinent dans la recherche de leur premier poste. Avec l'idée de leur proposer du conseil personnalisé. Mais les contacter n'a rien d'une mince affaire. "Après quelques mois de recherches actives, ils prennent des jobs alimentaires et deviennent beaucoup moins visibles", explique Guy Gustin, responsable du centre Richard-Lenoir, à Paris.
L'association a donc embauché en CDD pour un an une vingtaine de "chargés de recherche", eux aussi jeunes diplômés, formés à la gestion des ressources humaines et choisis pour leurs "capacités à entrer en relation avec le public ciblé", ainsi que leur "connaissance des tissus locaux concernés".
Mission de cette petite armada qui opère en Ile-de-France, mais aussi dans d'autres grandes villes comme Marseille ou Lille ? Aller à la rencontre des jeunes diplômés des banlieues, leur présenter le programme d'action et prospecter les entreprises, en les sensibilisant à la diversité.
Antoine Motte, basé au centre APEC de Cergy (Val-d'Oise), est à pied d'oeuvre depuis septembre : "Je fais le tour des associations de quartier, des missions locales, des points information jeunesse dans les mairies. J'utilise les réseaux sociaux - Viadeo, LinkedIn, Facebook - mais aussi mon réseau personnel." A Lyon, Coralie Brun est allée sur le terrain, en installant un stand dans un centre commercial de Vaulx-en-Velin un samedi après-midi : "Cela a permis de discuter avec une trentaine de jeunes plus ou moins diplômés, dont deux bac + 4 ou 5."
Etablir le lien et les convaincre de bénéficier d'un suivi de quatre mois est un premier pas. Mais l'APEC s'est heurtée à une autre difficulté. Plus de 50 % des jeunes diplômés accompagnés ont quitté le programme après le premier atelier.
"L'approche par la lutte contre les discriminations ne fonctionne pas, admet Jacky Chatelain, directeur général. Agir avec de bonnes intentions ne suffit pas ; celles-ci sont même parfois contre-productives." Selon lui, nombre de jeunes des quartiers difficiles sont dans un déni de la discrimination. Ou, à tout le moins, n'ont pas envie d'être renvoyés à ce vécu, conscient ou inconscient, de discrimination, dont ils pensent justement se sortir grâce à leur diplôme. Bref, les ateliers spécifiques qu'on leur proposait avaient tout d'un nouveau ghetto qui n'a pas beaucoup plu.
"Notre opération faisait apparaître qu'on ciblait un public qui ne veut pas être ciblé, poursuit M. Chatelain. Nous avons donc corrigé le tir, en parlant d'égalité des chances et en proposant nos actions à une palette plus large de jeunes diplômés, afin d'introduire plus de... diversité dans les réunions", qui sont désormais ouvertes à ceux qui ont fait leur cursus dans une université ayant une mauvaise image ou suivi une filière peu prisée des recruteurs, ceux qui ont déjà un enfant ou qui changent de région et se retrouvent encore plus isolés.
En plus des ateliers sur les techniques de recherche d'emploi, tous sont conviés à des ateliers sur les thèmes plus généraux de "Gérer sa différence" ou "Les atouts de la réussite". Aly Stéphane Ouattara, 27 ans, son mastère de marketing de l'ESC Lille en poche, veut mettre toutes les chances de son côté, en se rendant régulièrement au centre APEC de Nanterre.
Lui qui, après son BTS en gestion commerciale, a fait quatre ans en entreprise avant de reprendre des études, n'a pas le sentiment d'avoir été confronté à des pratiques discriminatoires : "Mais, quand on est d'une autre origine, faire un travail sur soi peut-être intéressant pour se donner davantage confiance. Avec la crise, en tant que jeunes diplômés, on est déjà assez angoissés..."
Nathalie Quéruel
Article paru dans l'édition du 17.11.09
Il faut réinventer des formes d'alternance articulant davantage entreprises et bassins d'emploi
Abdel Aïssou : "Il faut réinventer des formes d'alternance articulant davantage entreprises et bassins d'emploi"
LE MONDE ECONOMIE
omment le Conseil national des entreprises pour la banlieue, qui rassemble aujourd'hui une dizaine d'entreprises, peut-il secouer les pesanteurs qui limitent l'accès à l'emploi des jeunes issus des quartiers défavorisés ?
En trente ans de politique de la ville, on n'a jamais autant essayé d'impliquer les entreprises. Or les économistes soulignent le rôle négatif que joue la déconnexion spatiale entre les lieux de résidence et les lieux d'emploi. Les zones de redynamisation urbaine accueillent 16 entreprises pour 1 000 habitants, contre 55 dans d'autres lieux. Il est nécessaire que les quartiers soient appréhendés comme de véritables bassins d'emploi et que les entreprises s'engagent via des stages et des contrats d'alternance. Mais nous proposons aussi qu'elles orientent 10 % de la taxe d'apprentissage en faveur des établissements de formation qui font des efforts concrets pour accueillir les jeunes des zones urbaines sensibles (ZUS).
Les stages, ce n'est pas nouveau...
Trop souvent, pour les jeunes des quartiers, les stages sont mis en oeuvre en urgence et en fonction de possibilités restreintes. Nous souhaitons donc développer des banques de stages interactives, avec un traitement approfondi des descriptifs visant à une bonne adéquation entre les attentes de l'entreprise et le candidat, un classement des offres par domaine professionnel et par territoire et, surtout, une mise à jour instantanée des stages "occupés". C'est une réponse pertinente pour prévenir les discriminations.
Comment comptez-vous redynamiser l'alternance ?
Non seulement les jeunes ont du mal à accéder à un premier emploi, mais souvent ils restent bloqués dedans, faute de qualifications pour aller vers un second emploi plus intéressant. Il est nécessaire de réinventer des formes d'alternance plus courtes, articulant davantage les entreprises et les bassins d'emploi, pour proposer des parcours diplômants bien axés sur les besoins. Par exemple, l'IUT de Creil et Suez ont travaillé ensemble pour créer une "capacité" - diplôme remis à l'honneur - sur les métiers de l'environnement et du développement durable. Car ils correspondent à un potentiel d'emplois dans l'Oise ; les modules de formation ont été élaborés avec les professionnels du secteur. Le cursus dure six mois, dont 75 % du temps en entreprise. C'est ce type de projets concrets que nous allons favoriser dans les prochains mois.
Propos recueillis par Nathalie Quéruel
Parcours
1995 Abdel Aïssou, né en 1958, énarque, est secrétaire général en charge de la direction des relations humaines au rectorat de Toulouse.
2004 Conseiller au cabinet du ministre de l'intérieur Dominique de Villepin.
2005 Sous-préfet à Senlis.
2007 Directeur général délégué en charge des ressources humaines du groupe d'intérim Vedior, devenu Randstad France en 2009.
2009 Préside le Conseil national des entreprises pour la banlieue, créé par la secrétaire d'Etat à la ville Fadela Amara, à qui il remet le 17 juillet son premier rapport d'étape.
LE MONDE ECONOMIE
omment le Conseil national des entreprises pour la banlieue, qui rassemble aujourd'hui une dizaine d'entreprises, peut-il secouer les pesanteurs qui limitent l'accès à l'emploi des jeunes issus des quartiers défavorisés ?
En trente ans de politique de la ville, on n'a jamais autant essayé d'impliquer les entreprises. Or les économistes soulignent le rôle négatif que joue la déconnexion spatiale entre les lieux de résidence et les lieux d'emploi. Les zones de redynamisation urbaine accueillent 16 entreprises pour 1 000 habitants, contre 55 dans d'autres lieux. Il est nécessaire que les quartiers soient appréhendés comme de véritables bassins d'emploi et que les entreprises s'engagent via des stages et des contrats d'alternance. Mais nous proposons aussi qu'elles orientent 10 % de la taxe d'apprentissage en faveur des établissements de formation qui font des efforts concrets pour accueillir les jeunes des zones urbaines sensibles (ZUS).
Les stages, ce n'est pas nouveau...
Trop souvent, pour les jeunes des quartiers, les stages sont mis en oeuvre en urgence et en fonction de possibilités restreintes. Nous souhaitons donc développer des banques de stages interactives, avec un traitement approfondi des descriptifs visant à une bonne adéquation entre les attentes de l'entreprise et le candidat, un classement des offres par domaine professionnel et par territoire et, surtout, une mise à jour instantanée des stages "occupés". C'est une réponse pertinente pour prévenir les discriminations.
Comment comptez-vous redynamiser l'alternance ?
Non seulement les jeunes ont du mal à accéder à un premier emploi, mais souvent ils restent bloqués dedans, faute de qualifications pour aller vers un second emploi plus intéressant. Il est nécessaire de réinventer des formes d'alternance plus courtes, articulant davantage les entreprises et les bassins d'emploi, pour proposer des parcours diplômants bien axés sur les besoins. Par exemple, l'IUT de Creil et Suez ont travaillé ensemble pour créer une "capacité" - diplôme remis à l'honneur - sur les métiers de l'environnement et du développement durable. Car ils correspondent à un potentiel d'emplois dans l'Oise ; les modules de formation ont été élaborés avec les professionnels du secteur. Le cursus dure six mois, dont 75 % du temps en entreprise. C'est ce type de projets concrets que nous allons favoriser dans les prochains mois.
Propos recueillis par Nathalie Quéruel
Parcours
1995 Abdel Aïssou, né en 1958, énarque, est secrétaire général en charge de la direction des relations humaines au rectorat de Toulouse.
2004 Conseiller au cabinet du ministre de l'intérieur Dominique de Villepin.
2005 Sous-préfet à Senlis.
2007 Directeur général délégué en charge des ressources humaines du groupe d'intérim Vedior, devenu Randstad France en 2009.
2009 Préside le Conseil national des entreprises pour la banlieue, créé par la secrétaire d'Etat à la ville Fadela Amara, à qui il remet le 17 juillet son premier rapport d'étape.
Les associations de chômeurs refusent de « payer la crise »
Les associations de chômeurs refusent de « payer la crise »
Article paru dans l'édition du 09.12.08
n millier de manifestants ont défilé, samedi 6 décembre à Paris, à l'appel des associations de chômeurs et précaires, pour réclamer « une protection effective contre le chômage » et « un revenu garanti pour tous ». Dans le cortège, les intermittents du spectacle ont dénoncé le procès intenté par la CFDT à deux d'entre eux et appelé à se mobiliser jeudi 11 décembre, jour du procès.
Le Medef fait de la baisse des cotisations l'« enjeu numéro un »
La présidente du Medef, Laurence Parisot, a déclaré, lundi 8 décembre sur Europe 1, que « l'enjeu numéro un, c'est de baisser les cotisations que ce soit pour l'employeur ou pour le salarié ». Les syndicats et le patronat ont jusqu'à la fin de l'année pour élaborer la convention d'assurance-chômage qui prendra effet le 1er janvier 2009.
Article paru dans l'édition du 09.12.08
n millier de manifestants ont défilé, samedi 6 décembre à Paris, à l'appel des associations de chômeurs et précaires, pour réclamer « une protection effective contre le chômage » et « un revenu garanti pour tous ». Dans le cortège, les intermittents du spectacle ont dénoncé le procès intenté par la CFDT à deux d'entre eux et appelé à se mobiliser jeudi 11 décembre, jour du procès.
Le Medef fait de la baisse des cotisations l'« enjeu numéro un »
La présidente du Medef, Laurence Parisot, a déclaré, lundi 8 décembre sur Europe 1, que « l'enjeu numéro un, c'est de baisser les cotisations que ce soit pour l'employeur ou pour le salarié ». Les syndicats et le patronat ont jusqu'à la fin de l'année pour élaborer la convention d'assurance-chômage qui prendra effet le 1er janvier 2009.
Chômage : "Une des clés de la réussite, c'est la décentralisation"
Chômage : "Une des clés de la réussite, c'est la décentralisation"
LEMONDE.FR : Article publié le 12.10.09
laude Seibel est le président du Comité de pilotage de l'évaluation sur l'accompagnement des demandeurs d'emploi.
Aldou : Pouvez-vous nous préciser, dans le cadre de vos évaluations, quels sont les indicateurs d'un accompagnement "réussi" ? S'il s'agit d'une (re)prise d'emploi : dans quels délais et quelles conditions ?
Claude Seibel : C'est vraiment le retour à l'emploi qui est l'indicateur principal de l'accompagnement réussi. Il était demandé aux opérateurs privés et aux cellules de l'ANPE "Cap vers l'entreprise" que cet emploi soit durable (plus de six mois), mais il pouvait être à temps partiel.
Bob : Avec le rapprochement ANPE-Assedic, j'ai l'impression que les agents de Pôle Emploi n'ont plus le temps et les moyens de faire du véritable accompagnement. Est-ce le cas ? Comment comparer leurs résultats avec ceux des opérateurs privés qui ne sont pas soumis à toutes les contraintes administratives de suivi ?
En fait, l'accompagnement est bien au cœur du métier de Pôle Emploi, puisque depuis le début 2007, chaque demandeur d'emploi dialogue avec un agent qui est un référent pendant tout son parcours d'inscription sur les listes des demandeurs d'emploi. De toute manière, Pôle Emploi doit garder la compétence de toutes les formes d'accompagnement renforcé qu'il confie à des associations, à des entreprises privées ou à des partenaires tels que l'APEC ou les missions locales.
Evelyne : Les dispositifs d'accompagnement sont un véritable maquis pour les demandeurs d'emplois, selon les catégories où se trouvent ceux-ci. Comment simplifier ces parcours pour coller au plus près aux besoins des chômeurs et des conseillers souvent encombrés dans un fatras administratif grevant considérablement le temps consacré au suivi ?
Je pense en effet qu'il est très important de simplifier toutes les mesures de politique d'emploi. En fait, le conseiller référent unique va assez vite déterminer ce qui est vraiment indispensable pour la personne avec laquelle il travaille régulièrement à un rythme mensuel, pour l'accompagnement "classique", rythme beaucoup plus intense pour l'accompagnement renforcé.
Matthieu : Dans votre rapport, vous indiquez que le service public se positionne mieux que le privé pour assurer un retour à l'emploi efficace. Quels sont selon vous les mécanismes qui permettent cela ?
L'évaluation portait sur l'année 2007-2008, au moment où de nouveaux opérateurs privés ont répondu à l'appel d'offre de l'Unedic. Dans certains cas, ou dans certaines zones, les opérateurs privés ont recruté des jeunes collaborateurs, et ceux-ci pouvaient être moins expérimentés que les agents de l'ANPE qui composaient les cellules "Cap vers l'entreprise". Nous avons pu montrer que les deux groupes d'opérateurs, privé et public, utilisaient des méthodes très proches, donc la principale différence venait, pour l'expérimentation, d'une expérience plus importante des agents du service public.
Mamadhou : Comment se poser le question de l'accompagnement de personnes dont la moitié doit vivre sans revenu personnel (cf chiffres de l'Unedic), ou alors très misérable ? La responsabilité de l'Etat, des partenaires sociaux est en cause et ce n'est pas le "non RSA" jeunes qui suffira à changer la donne.
En fait, c'est vrai que ces situations sont difficiles et je pense qu'il faut à ce moment-là recourir à d'autres dispositifs que celui de l'accompagnement renforcé. Par exemple, les plans locaux d'insertion et d'emploi (PLIE) sont des dispositifs particulièrement intéressants pour les personnes en difficultés, financières et professionnelles, car ils permettent d'accompagner un demandeur d'emploi dans un parcours de trois ans où alternent formation et expérience professionnelle. Malheureusement, ces dispositifs n'existent sans doute pas dans toutes les zones géographiques.
Alice2009 : Pourquoi le seul aspect qui n'est jamais évalué sur les différents dispositifs d'accompagnement des chômeurs (public/privé) est-il celui des coûts comparés ? Alors que c'est là que se situe la seule réelle différence.
Il est exact que dans l'évaluation que nous avons conduite en 2007-2008, nous n'avons pas eu la possibilité d'analyser les coûts unitaires comparés entre le public et le privé. Cette lacune de l'évaluation doit impérativement être comblée à l'avenir dans le cadre du nouveau marché passé par Pôle Emploi avec les opérateurs privés, grâce à une amélioration de la comptabilité analytique.
On peut néanmoins déjà indiquer que le coût unitaire consenti pour le marché 2009-2010 aux opérateurs privés se rapproche très sensiblement du coût induit par les cellules "Cap vers l'entreprise" au sein de Pôle Emploi.
Laurent : Ne faudrait-il pas réduire la durée des indemnisations et/ou les montants de façon dégressive pour inciter à un retour plus rapide sur le marché comme cela peut se faire ailleurs ?
Cette situation existait il y a une dizaine d'années et les partenaires sociaux ont considéré qu'elle avait surtout entraîné une très forte dégradation des situations individuelles : cette dégressivité a été sans doute la cause principale des allocations en fin de droits et d'une paupérisation très forte des personnes qui les subissaient. A contrario, à cette époque, il n'y avait pas eu le constat que les allocations dégressives poussaient les demandeurs d'emploi à accepter plus vite une situation de travail.
Tom : Les pays européens qui pratiquent un suivi des chômeurs plus contraignant (comme en Allemagne, avec obligation de présenter les lettres de refus des employeurs démarchés) obtiennent-ils de meilleurs résultats que la France ?
Je ne suis pas sûr que l'exemple allemand soit le plus intéressant pour nous. En fait, ce sont surtout les pays scandinaves qui ont fourni des "modèles" que l'Unedic, puis l'ANPE, ont souhaité mettre en œuvre, après une forte demande des pouvoirs publics.
Isa : Vous évoquez l'exemple des pays nordiques. Mais a-t-on cherché à s'en inspirer ?
Oui, ces pays nordiques, en fait, ont servi de modèles et le rapport de Jean-Marc Boulanger, qui a préparé la mise en place de Pôle Emploi, en avril 2008, reprend explicitement ces exemples. C'est ce rapport qui a inspiré la politique budgétaire mise en œuvre pour Pôle Emploi en augmentant très sensiblement la part des demandeurs d'emploi confiés en accompagnement renforcé à des opérateurs privés.
Houba : Quel pays donneriez-vous en modèle de ce qu'il faut faire en matière de retour à l'emploi des chômeurs ?
Je crois que le pays le plus intéressant, c'est un petit pays, c'est le Danemark. Car le Danemark est le pays qui a le plus développé la "flexisécurité" en maintenant une situation proche de l'entreprise et en favorisant le développement de stages destinés à préparer l'insertion dans un nouveau métier. Cet exemple a été repris par la plupart des partenaires sociaux et c'est lui qui inspire, en cas de licenciement, la mise en place de contrats de transition professionnelle.
Janosz : Peut-on obtenir de l'aide pour trouver un logement lorsque l'on quitte sa région pour accepter un emploi ?
Je pense que le logement est un des obstacles principaux à la mobilité professionnelle et géographique. Malheureusement, il n'y a pas, en ce domaine, de politique véritablement significative, car il faut mettre d'accord, sur le même type de politique, les municipalités, les régions et l'Etat.
Janosz : Pourquoi n'y a-t-il qu'un quota de places réservées dans les trains pour aider financièrement les demandeurs d'emploi à participer à un entretien d'embauche dans une autre région ? N'est-il pas possible d'aider tous les demandeurs d'emploi ?
Je ne connais pas le détail de toutes les aides possibles au sein de Pôle Emploi, mais je sais que plusieurs départements ont prévu ce type d'aide pour favoriser les entretiens d'embauche à l'extérieur de la zone. Ce serait un point à vérifier.
Camille_M : Une chose me choque dans les modalités d'accompagnement des demandeurs d'emploi : leur rigidité. Ceci s'applique particulièrement aux demandeurs d'emploi possédant des diplômes à bac +3 et plus, ou intéressés par une mobilité géographique importante (y compris internationale). Comment à la fois augmenter l'efficacité des pôles emploi, faire face au nombre croissant de demandeurs d'emploi et éviter les "réponses standards" non adaptées aux individus ?
Votre question montre qu'il n'est pas possible d'accompagner les demandeurs d'emploi sans avoir avec eux des relations humaines suivies, par-delà les difficultés bureaucratiques. En fait, l'accompagnement, c'est comme une sorte de reconstruction, non pas de la personne, mais au moins de ses qualités professionnelles. Donc la qualité du projet et le parcours sont des éléments essentiels de l'accompagnement. Il ne peut pas se résoudre en quelques minutes par téléphone ou par échange de documents. Le contact humain est essentiel.
Fred : Que dire de l'"efficacité" de la fusion ANPE Assedic, pour créer Pôle Emploi ? On a le sentiment que ça me marche pas vraiment bien...
Je ne suis pas le plus compétent pour décrire les modalités de fonctionnement de Pôle Emploi. Je n'y travaille pas, et mon témoignage a sans doute peu de valeur. Il me semble que Pôle Emploi a eu des instants très difficiles puisque, au moment de la fusion, il a fallu répondre dans l'urgence à une augmentation considérable des demandeurs d'emploi. De ce fait, beaucoup de demandeurs d'emploi ont eu le sentiment qu'ils n'étaient pas pris en charge, au moins au début de l'année 2009.
Pole : Ne suffirait-il pas d'augmenter les effectifs de Pôle emploi afin que les conseillers aient vraiment le temps d"accompagner" les demandeurs d'emploi, alors qu'aujourd'hui ils n'arrivent même plus à les voir tous les mois ?
Là encore, ma réponse a sans doute peu de valeur. Il est certain que dans la plupart des pays qui sont un exemple pour nous, le nombre de demandeurs d'emploi confiés à un opérateur est beaucoup plus faible que celui observé dans notre pays (autour de 60 demandeurs par conseiller).
Dans le cas de l'accompagnement renforcé, qui correspond à des demandeurs en risque de devenir chômeurs de longue durée, le budget des opérateurs privés et de "Cap vers l'entreprise" vise 30 demandeurs d'emploi par conseiller. Ce qui va dans le sens de la question que vous posez.
Rachid : Pourquoi la France n'incite-t-elle pas les chômeurs à s'orienter vers les centaines de milliers d'emplois non pourvus ?
D'abord, il faudrait discuter ce concept de "centaines de milliers d'emplois non pourvus". En réalité, le nombre d'offres non pourvues est bien inférieur à ces centaines de milliers. Par contre, on sait bien que coïncident, dans notre pays, des branches pour lesquelles le recrutement est difficile alors que d'autres sont atteintes par un chômage très élevé. Tout le jeu de l'accompagnement renforcé est de permettre à certains salariés de modifier complètement leur poste de travail pour répondre à ces besoins de recrutement dans des branches déficitaires.
Mais comme nous le savons, il n'est pas facile, par exemple, qu'une opératrice dans le textile devienne infirmière. Et donc, ce décalage entre les métiers exercés et les métiers possibles est extrêmement difficile à gérer.
Marie38 : Quelle est la solution pour les quadragénaires qui sont très diplômés et sans emploi ? Le Pôle emploi est-il une réponse adaptée ?
Il n'y a pas que Pôle emploi qui puisse répondre à ce besoin. Dans beaucoup de communes, il existe des structures qui aident des quadragénaires à se repositionner sur le marché du travail. Je regrette que nous ne sachions pas faire travailler également les quinquagénaires. Malgré les plans gouvernementaux acceptés par les partenaires sociaux, on assiste trop souvent à la mise à l'écart de personnes compétentes essentielles pour l'avenir de notre pays.
Fredic : Quels sont les principaux freins au retour à l'emploi en France ?
Je crois que la période des quinze dernières années a vu une stagnation des projets industriels et l'acceptation un peu passive d'une mondialisation qui consistait à supprimer des structures de production en France et à les recréer dans l'Asie du Sud-Est ou l'Amérique latine. Pour moi, l'obstacle principal à l'emploi, c'est le manque de projets.
Fredic : La France est-elle un pays d'avenir en matière d'emploi ? Formulé différemment, les personnes qualifiées ont-elles intérêt à quitter la France pour faire une carrière intéressante ?
Ma position est en fait que la France a des atouts considérables, en particulier une main-d'oeuvre très qualifiée et une grande inventivité. Malheureusement, nous ne savons pas passer facilement du laboratoire à la production. La politique des pôles de compétitivité est un exemple qu'il faut développer pour créer des emplois de haut niveau dans notre pays.
Camille_M : Le modèle danois est intéressant, mais jusqu'à quel point est-il adaptable à la situation française, qui connaît un taux de chômage plus élevé, qui est un plus grand pays que le Danemark, et où la culture d'entreprise et la culture de négociation sont très différentes ? L'exemple des pays nordiques est très particulier et repose sur le fait qu'il s'agit de petits pays au consensus social fort.
Une des clés de la réussite dans ce domaine, c'est la décentralisation. Il me semble que les régions doivent prendre toute leur place pour recréer, dans leur contexte, dans leur zone, des dynamiques économiques qui ne dépendent pas seulement de l'Etat. Les schémas directeurs de développement économique sont un levier que nous n'utilisons pas encore suffisamment, mais ils peuvent créer dans la plupart des régions des opportunités que nous ne savons pas encore exploiter.
Chat modéré par Anne Rodier
LEMONDE.FR : Article publié le 12.10.09
laude Seibel est le président du Comité de pilotage de l'évaluation sur l'accompagnement des demandeurs d'emploi.
Aldou : Pouvez-vous nous préciser, dans le cadre de vos évaluations, quels sont les indicateurs d'un accompagnement "réussi" ? S'il s'agit d'une (re)prise d'emploi : dans quels délais et quelles conditions ?
Claude Seibel : C'est vraiment le retour à l'emploi qui est l'indicateur principal de l'accompagnement réussi. Il était demandé aux opérateurs privés et aux cellules de l'ANPE "Cap vers l'entreprise" que cet emploi soit durable (plus de six mois), mais il pouvait être à temps partiel.
Bob : Avec le rapprochement ANPE-Assedic, j'ai l'impression que les agents de Pôle Emploi n'ont plus le temps et les moyens de faire du véritable accompagnement. Est-ce le cas ? Comment comparer leurs résultats avec ceux des opérateurs privés qui ne sont pas soumis à toutes les contraintes administratives de suivi ?
En fait, l'accompagnement est bien au cœur du métier de Pôle Emploi, puisque depuis le début 2007, chaque demandeur d'emploi dialogue avec un agent qui est un référent pendant tout son parcours d'inscription sur les listes des demandeurs d'emploi. De toute manière, Pôle Emploi doit garder la compétence de toutes les formes d'accompagnement renforcé qu'il confie à des associations, à des entreprises privées ou à des partenaires tels que l'APEC ou les missions locales.
Evelyne : Les dispositifs d'accompagnement sont un véritable maquis pour les demandeurs d'emplois, selon les catégories où se trouvent ceux-ci. Comment simplifier ces parcours pour coller au plus près aux besoins des chômeurs et des conseillers souvent encombrés dans un fatras administratif grevant considérablement le temps consacré au suivi ?
Je pense en effet qu'il est très important de simplifier toutes les mesures de politique d'emploi. En fait, le conseiller référent unique va assez vite déterminer ce qui est vraiment indispensable pour la personne avec laquelle il travaille régulièrement à un rythme mensuel, pour l'accompagnement "classique", rythme beaucoup plus intense pour l'accompagnement renforcé.
Matthieu : Dans votre rapport, vous indiquez que le service public se positionne mieux que le privé pour assurer un retour à l'emploi efficace. Quels sont selon vous les mécanismes qui permettent cela ?
L'évaluation portait sur l'année 2007-2008, au moment où de nouveaux opérateurs privés ont répondu à l'appel d'offre de l'Unedic. Dans certains cas, ou dans certaines zones, les opérateurs privés ont recruté des jeunes collaborateurs, et ceux-ci pouvaient être moins expérimentés que les agents de l'ANPE qui composaient les cellules "Cap vers l'entreprise". Nous avons pu montrer que les deux groupes d'opérateurs, privé et public, utilisaient des méthodes très proches, donc la principale différence venait, pour l'expérimentation, d'une expérience plus importante des agents du service public.
Mamadhou : Comment se poser le question de l'accompagnement de personnes dont la moitié doit vivre sans revenu personnel (cf chiffres de l'Unedic), ou alors très misérable ? La responsabilité de l'Etat, des partenaires sociaux est en cause et ce n'est pas le "non RSA" jeunes qui suffira à changer la donne.
En fait, c'est vrai que ces situations sont difficiles et je pense qu'il faut à ce moment-là recourir à d'autres dispositifs que celui de l'accompagnement renforcé. Par exemple, les plans locaux d'insertion et d'emploi (PLIE) sont des dispositifs particulièrement intéressants pour les personnes en difficultés, financières et professionnelles, car ils permettent d'accompagner un demandeur d'emploi dans un parcours de trois ans où alternent formation et expérience professionnelle. Malheureusement, ces dispositifs n'existent sans doute pas dans toutes les zones géographiques.
Alice2009 : Pourquoi le seul aspect qui n'est jamais évalué sur les différents dispositifs d'accompagnement des chômeurs (public/privé) est-il celui des coûts comparés ? Alors que c'est là que se situe la seule réelle différence.
Il est exact que dans l'évaluation que nous avons conduite en 2007-2008, nous n'avons pas eu la possibilité d'analyser les coûts unitaires comparés entre le public et le privé. Cette lacune de l'évaluation doit impérativement être comblée à l'avenir dans le cadre du nouveau marché passé par Pôle Emploi avec les opérateurs privés, grâce à une amélioration de la comptabilité analytique.
On peut néanmoins déjà indiquer que le coût unitaire consenti pour le marché 2009-2010 aux opérateurs privés se rapproche très sensiblement du coût induit par les cellules "Cap vers l'entreprise" au sein de Pôle Emploi.
Laurent : Ne faudrait-il pas réduire la durée des indemnisations et/ou les montants de façon dégressive pour inciter à un retour plus rapide sur le marché comme cela peut se faire ailleurs ?
Cette situation existait il y a une dizaine d'années et les partenaires sociaux ont considéré qu'elle avait surtout entraîné une très forte dégradation des situations individuelles : cette dégressivité a été sans doute la cause principale des allocations en fin de droits et d'une paupérisation très forte des personnes qui les subissaient. A contrario, à cette époque, il n'y avait pas eu le constat que les allocations dégressives poussaient les demandeurs d'emploi à accepter plus vite une situation de travail.
Tom : Les pays européens qui pratiquent un suivi des chômeurs plus contraignant (comme en Allemagne, avec obligation de présenter les lettres de refus des employeurs démarchés) obtiennent-ils de meilleurs résultats que la France ?
Je ne suis pas sûr que l'exemple allemand soit le plus intéressant pour nous. En fait, ce sont surtout les pays scandinaves qui ont fourni des "modèles" que l'Unedic, puis l'ANPE, ont souhaité mettre en œuvre, après une forte demande des pouvoirs publics.
Isa : Vous évoquez l'exemple des pays nordiques. Mais a-t-on cherché à s'en inspirer ?
Oui, ces pays nordiques, en fait, ont servi de modèles et le rapport de Jean-Marc Boulanger, qui a préparé la mise en place de Pôle Emploi, en avril 2008, reprend explicitement ces exemples. C'est ce rapport qui a inspiré la politique budgétaire mise en œuvre pour Pôle Emploi en augmentant très sensiblement la part des demandeurs d'emploi confiés en accompagnement renforcé à des opérateurs privés.
Houba : Quel pays donneriez-vous en modèle de ce qu'il faut faire en matière de retour à l'emploi des chômeurs ?
Je crois que le pays le plus intéressant, c'est un petit pays, c'est le Danemark. Car le Danemark est le pays qui a le plus développé la "flexisécurité" en maintenant une situation proche de l'entreprise et en favorisant le développement de stages destinés à préparer l'insertion dans un nouveau métier. Cet exemple a été repris par la plupart des partenaires sociaux et c'est lui qui inspire, en cas de licenciement, la mise en place de contrats de transition professionnelle.
Janosz : Peut-on obtenir de l'aide pour trouver un logement lorsque l'on quitte sa région pour accepter un emploi ?
Je pense que le logement est un des obstacles principaux à la mobilité professionnelle et géographique. Malheureusement, il n'y a pas, en ce domaine, de politique véritablement significative, car il faut mettre d'accord, sur le même type de politique, les municipalités, les régions et l'Etat.
Janosz : Pourquoi n'y a-t-il qu'un quota de places réservées dans les trains pour aider financièrement les demandeurs d'emploi à participer à un entretien d'embauche dans une autre région ? N'est-il pas possible d'aider tous les demandeurs d'emploi ?
Je ne connais pas le détail de toutes les aides possibles au sein de Pôle Emploi, mais je sais que plusieurs départements ont prévu ce type d'aide pour favoriser les entretiens d'embauche à l'extérieur de la zone. Ce serait un point à vérifier.
Camille_M : Une chose me choque dans les modalités d'accompagnement des demandeurs d'emploi : leur rigidité. Ceci s'applique particulièrement aux demandeurs d'emploi possédant des diplômes à bac +3 et plus, ou intéressés par une mobilité géographique importante (y compris internationale). Comment à la fois augmenter l'efficacité des pôles emploi, faire face au nombre croissant de demandeurs d'emploi et éviter les "réponses standards" non adaptées aux individus ?
Votre question montre qu'il n'est pas possible d'accompagner les demandeurs d'emploi sans avoir avec eux des relations humaines suivies, par-delà les difficultés bureaucratiques. En fait, l'accompagnement, c'est comme une sorte de reconstruction, non pas de la personne, mais au moins de ses qualités professionnelles. Donc la qualité du projet et le parcours sont des éléments essentiels de l'accompagnement. Il ne peut pas se résoudre en quelques minutes par téléphone ou par échange de documents. Le contact humain est essentiel.
Fred : Que dire de l'"efficacité" de la fusion ANPE Assedic, pour créer Pôle Emploi ? On a le sentiment que ça me marche pas vraiment bien...
Je ne suis pas le plus compétent pour décrire les modalités de fonctionnement de Pôle Emploi. Je n'y travaille pas, et mon témoignage a sans doute peu de valeur. Il me semble que Pôle Emploi a eu des instants très difficiles puisque, au moment de la fusion, il a fallu répondre dans l'urgence à une augmentation considérable des demandeurs d'emploi. De ce fait, beaucoup de demandeurs d'emploi ont eu le sentiment qu'ils n'étaient pas pris en charge, au moins au début de l'année 2009.
Pole : Ne suffirait-il pas d'augmenter les effectifs de Pôle emploi afin que les conseillers aient vraiment le temps d"accompagner" les demandeurs d'emploi, alors qu'aujourd'hui ils n'arrivent même plus à les voir tous les mois ?
Là encore, ma réponse a sans doute peu de valeur. Il est certain que dans la plupart des pays qui sont un exemple pour nous, le nombre de demandeurs d'emploi confiés à un opérateur est beaucoup plus faible que celui observé dans notre pays (autour de 60 demandeurs par conseiller).
Dans le cas de l'accompagnement renforcé, qui correspond à des demandeurs en risque de devenir chômeurs de longue durée, le budget des opérateurs privés et de "Cap vers l'entreprise" vise 30 demandeurs d'emploi par conseiller. Ce qui va dans le sens de la question que vous posez.
Rachid : Pourquoi la France n'incite-t-elle pas les chômeurs à s'orienter vers les centaines de milliers d'emplois non pourvus ?
D'abord, il faudrait discuter ce concept de "centaines de milliers d'emplois non pourvus". En réalité, le nombre d'offres non pourvues est bien inférieur à ces centaines de milliers. Par contre, on sait bien que coïncident, dans notre pays, des branches pour lesquelles le recrutement est difficile alors que d'autres sont atteintes par un chômage très élevé. Tout le jeu de l'accompagnement renforcé est de permettre à certains salariés de modifier complètement leur poste de travail pour répondre à ces besoins de recrutement dans des branches déficitaires.
Mais comme nous le savons, il n'est pas facile, par exemple, qu'une opératrice dans le textile devienne infirmière. Et donc, ce décalage entre les métiers exercés et les métiers possibles est extrêmement difficile à gérer.
Marie38 : Quelle est la solution pour les quadragénaires qui sont très diplômés et sans emploi ? Le Pôle emploi est-il une réponse adaptée ?
Il n'y a pas que Pôle emploi qui puisse répondre à ce besoin. Dans beaucoup de communes, il existe des structures qui aident des quadragénaires à se repositionner sur le marché du travail. Je regrette que nous ne sachions pas faire travailler également les quinquagénaires. Malgré les plans gouvernementaux acceptés par les partenaires sociaux, on assiste trop souvent à la mise à l'écart de personnes compétentes essentielles pour l'avenir de notre pays.
Fredic : Quels sont les principaux freins au retour à l'emploi en France ?
Je crois que la période des quinze dernières années a vu une stagnation des projets industriels et l'acceptation un peu passive d'une mondialisation qui consistait à supprimer des structures de production en France et à les recréer dans l'Asie du Sud-Est ou l'Amérique latine. Pour moi, l'obstacle principal à l'emploi, c'est le manque de projets.
Fredic : La France est-elle un pays d'avenir en matière d'emploi ? Formulé différemment, les personnes qualifiées ont-elles intérêt à quitter la France pour faire une carrière intéressante ?
Ma position est en fait que la France a des atouts considérables, en particulier une main-d'oeuvre très qualifiée et une grande inventivité. Malheureusement, nous ne savons pas passer facilement du laboratoire à la production. La politique des pôles de compétitivité est un exemple qu'il faut développer pour créer des emplois de haut niveau dans notre pays.
Camille_M : Le modèle danois est intéressant, mais jusqu'à quel point est-il adaptable à la situation française, qui connaît un taux de chômage plus élevé, qui est un plus grand pays que le Danemark, et où la culture d'entreprise et la culture de négociation sont très différentes ? L'exemple des pays nordiques est très particulier et repose sur le fait qu'il s'agit de petits pays au consensus social fort.
Une des clés de la réussite dans ce domaine, c'est la décentralisation. Il me semble que les régions doivent prendre toute leur place pour recréer, dans leur contexte, dans leur zone, des dynamiques économiques qui ne dépendent pas seulement de l'Etat. Les schémas directeurs de développement économique sont un levier que nous n'utilisons pas encore suffisamment, mais ils peuvent créer dans la plupart des régions des opportunités que nous ne savons pas encore exploiter.
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