mardi 12 janvier 2010

Il faut réinventer des formes d'alternance articulant davantage entreprises et bassins d'emploi

Abdel Aïssou : "Il faut réinventer des formes d'alternance articulant davantage entreprises et bassins d'emploi"
LE MONDE ECONOMIE


omment le Conseil national des entreprises pour la banlieue, qui rassemble aujourd'hui une dizaine d'entreprises, peut-il secouer les pesanteurs qui limitent l'accès à l'emploi des jeunes issus des quartiers défavorisés ?
En trente ans de politique de la ville, on n'a jamais autant essayé d'impliquer les entreprises. Or les économistes soulignent le rôle négatif que joue la déconnexion spatiale entre les lieux de résidence et les lieux d'emploi. Les zones de redynamisation urbaine accueillent 16 entreprises pour 1 000 habitants, contre 55 dans d'autres lieux. Il est nécessaire que les quartiers soient appréhendés comme de véritables bassins d'emploi et que les entreprises s'engagent via des stages et des contrats d'alternance. Mais nous proposons aussi qu'elles orientent 10 % de la taxe d'apprentissage en faveur des établissements de formation qui font des efforts concrets pour accueillir les jeunes des zones urbaines sensibles (ZUS).

Les stages, ce n'est pas nouveau...

Trop souvent, pour les jeunes des quartiers, les stages sont mis en oeuvre en urgence et en fonction de possibilités restreintes. Nous souhaitons donc développer des banques de stages interactives, avec un traitement approfondi des descriptifs visant à une bonne adéquation entre les attentes de l'entreprise et le candidat, un classement des offres par domaine professionnel et par territoire et, surtout, une mise à jour instantanée des stages "occupés". C'est une réponse pertinente pour prévenir les discriminations.

Comment comptez-vous redynamiser l'alternance ?

Non seulement les jeunes ont du mal à accéder à un premier emploi, mais souvent ils restent bloqués dedans, faute de qualifications pour aller vers un second emploi plus intéressant. Il est nécessaire de réinventer des formes d'alternance plus courtes, articulant davantage les entreprises et les bassins d'emploi, pour proposer des parcours diplômants bien axés sur les besoins. Par exemple, l'IUT de Creil et Suez ont travaillé ensemble pour créer une "capacité" - diplôme remis à l'honneur - sur les métiers de l'environnement et du développement durable. Car ils correspondent à un potentiel d'emplois dans l'Oise ; les modules de formation ont été élaborés avec les professionnels du secteur. Le cursus dure six mois, dont 75 % du temps en entreprise. C'est ce type de projets concrets que nous allons favoriser dans les prochains mois.


Propos recueillis par Nathalie Quéruel
Parcours
1995 Abdel Aïssou, né en 1958, énarque, est secrétaire général en charge de la direction des relations humaines au rectorat de Toulouse.

2004 Conseiller au cabinet du ministre de l'intérieur Dominique de Villepin.

2005 Sous-préfet à Senlis.

2007 Directeur général délégué en charge des ressources humaines du groupe d'intérim Vedior, devenu Randstad France en 2009.

2009 Préside le Conseil national des entreprises pour la banlieue, créé par la secrétaire d'Etat à la ville Fadela Amara, à qui il remet le 17 juillet son premier rapport d'étape.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire