Spécial emploi des jeunes
L'improbable quête de l'adéquation formation-emploi
Article paru dans l'édition du 19.05.09
T SI ON FAISAIT correspondre les formations et les emplois ? En théorie, la proposition séduit. En pratique, c'est moins simple.
Nombres d'entreprises se plaignent des insuffisances de la formation des jeunes qu'elles embauchent. Le constat n'est pas nouveau, mais il a du mal à évoluer, même si les universités sont officiellement chargées de l'insertion de leurs étudiants, et si les acteurs régionaux ont plus de pouvoir dans la gestion des lycées en vertu de la loi de décentralisation de 2004 afin de rapprocher la carte des formations des besoins de l'économie locale. Du moins en principe.
« Nous nous sommes battus pendant des années pour l'ouverture d'un bac professionnel formant aux métiers du nucléaire près du Creusot [Saône-et-Loire]. Rentrée 2007, nous avons eu gain de cause et, cette année, on nous réduit déjà le nombre de places alors que les jeunes qui y étudient ont signé des contrats de prérecrutement avec Areva, regrette Philippe Baumel, le vice-président PS du conseil régional de Bourgogne, en charge des lycées. Il faut faire connaître les filières qui marchent et leur donner le temps de s'installer. » Car le rectorat, lui, doit gérer les moyens au plus près, et réduit par conséquent ceux des formations qui ne font pas le plein. « Avec la loi de décentralisation de 2004, les régions devaient collaborer à l'élaboration de la carte des formations. Mais c'est un jeu de dupes.En vérité, c'est le recteur qui décide et c'est la région qui paie ! », déplore l'élu.
Face à la logique d'adéquation au monde du travail, l'éducation nationale répond par son souci de maîtriser ses coûts mais aussi par sa volonté de former pour le long terme. Le suivi sur sept ans par le Centre d'études et de recherche sur les qualifications (Céreq) d'une cohorte de jeunes sortis du système scolaire en 1998 montre que seulement 46 % sont dans un premier poste en rapport direct avec leur formation. Ce taux remonte à 51 % trois ans après la sortie de formation, et il redescend ensuite. Seul un jeune sur deux travaille donc dans le secteur de ses études. Parce que sa formation ne correspond pas à l'emploi... ou parce qu'elle lui ouvre d'autres portes ?
Coauteur de ces travaux, Alberto Lopez, directeur scientifique du Céreq, estime que « les formations délivrées par l'école permettent de ne pas se cantonner à un secteur ». Ce n'est pas si mal dans une société où l'on promet que l'on devra changer de métier plusieurs fois au cours de sa vie. Et ce n'est pas incompatible avec le fait de former aux secteurs qui recrutent. « Si nous prenons l'exemple des bacs professionnels, tout le monde s'accorde à dire qu'ils sont définis en collaboration avec le monde économique », ajoute M. Lopez.
L'adéquation existe donc dans le cas des formations professionnelles. Faut-il alors orienter plus d'élèves vers ces filières ? Si c'est contre leur gré, ils n'y resteront pas. « C'est donc sur l'image des métiers qu'il faut travailler », plaide Sabine de Beaulieu, déléguée générale de l'Association Jeunesse et Entreprises (AJE).
Le dernier baromètre, réalisé par cette association et Ipsos,montre que les lycéens savent pertinemment quels secteurs recrutent... mais ne souhaitent pas s'y orienter. Ils placent le BTP en tête de liste des gros recruteurs et en second les services à la personne, mais seuls 7 % d'entre eux disent vouloir travailler dans le premier, et 6 % dans le second.
Durant leurs années lycée, les jeunes ont encore envie de rêver. Surtout si leurs notes leur permettent de choisir leur orientation. La peur du chômage ne devient une préoccupation que plus tard. C'est pour y répondre que les universités s'essaient à la professionnalisation, avec plus ou moins de bonheur. A Paris-XII-Val-de-Marne, l'affaire est entendue depuis longtemps, et cette université de banlieue est devenue un modèle en la matière. Elle multiplie tous azimuts ses relations avec les entreprises, ses licences professionnelles, inscrit un étudiant sur quatre en apprentissage, recrute des professeurs associés qui ont un pied dans l'entreprise et l'autre dans l'amphi, et a même créé une chaire d'entreprises. Si toutes les universités ne le font pas avec autant d'aisance, elles y sont désormais incitées puisque l'insertion fait désormais partie des critères de mesure de leurs performances.
Maryline Baumard
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire